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20 septembre 2023

Dersou et Vladimir

L'exploration du Sikhote-Alin en 1907

Image article, Autoportrait de Vladimir Arseniev avec une protection contre les moustiques.
Wikimedia commons, dom
Autoportrait de Vladimir Arseniev avec une protection contre les moustiques.
Wikimedia commons, domaine public

Vladimir Arseniev est un officier topographe de l'armée russe. Ses carnets de travail ont donné lieu à une première édition russe en 1921, puis à une adaptation célèbre au cinéma, par Akira Kurosawa. La nouvelle traduction en français par Yves Gauthier livre le récit complet, une aventure surprenante et dépaysante, géographiquement et historiquement.

extraits, p.618, p.579, p.571. Alors que l'équipe se trouve vers l'embouchure de la Samarga, il témoigne du passé.

Quarante ans plus tôt, les Oudihés étaient si nombreux sur le littoral qu'aux dires de Liourl, les cygnes blancs qui migraient de la Samarga à la baie Sainte-Olga, en survolant leurs yourtes, devenaient noir à cause de la fumée qui s'en échappait. Nombreux, les indigènes l'étaient surtout sur les rivières Tadouchou et Tioutikhé. Sur le Koussoun, il y avait 22 yourtes; sur l'Amagou, 3 seulement; et sur la Takema, 18.

Suite des extraits - Dersou se rappela les années de son enfance où l'on ne voyait jamais de Coréens. Puis vinrent les Chinois, suivi des Russes. D'année en année, la vie devenait de plus en plus dure. Virent ensuite les Coréens. Les forêts se mirent à brûler. La zibeline s'éloigna, les bêtes se firent rares. Et maintenant, c'étaient les Japonais. Et après ? Comment vivre ?

...

Dersou se tut, songeur. Il revoyait sa lointaine jeunesse, tout entier plongé dans ses souvenirs. Moi aussi je m'abandonnai au songe. La colonisation de l'Oussouri allait grand train. Encore un peu, et il ne resterait rien de la taïga vierge et primaire. Les bêtes sauvages disparaîtraient; de larges routes perceraient les forêts; là ou jadis rugissait le tigre sifflerait la locomotive. Je me pris de pitié pour cette contrée qui allait subir la violence de l'homme. Nous étions là, silencieux, chacun à sa façon songeant la même chose.

...

Le travail terminé, je sifflai mon chien, pris mon fusil et partis faire un tour sur la côte. La journée finissait. Dans le ciel, des rayons rouges jouaient avec les nuages. Quand ils s'éteignirent, la nuit s'abattit sur la terre. Au-dessus de la mer et du continent, l'atmosphère se trouvait en état d'équilibre. Le silence régnait, troublé de temps à autre par un clapotis de poisson. Là-haut, dans le ciel, des oies volaient. On le les voyait pas, mais je les entendais échanger des cris. (...) J'avais le cœur léger, conscient du fait que le bonheur ne consistait pas dans l'accumulation de richesses, mais dans la santé, la liberté, l'intimité avec la nature.


fin

Référence bibliographique : Dersou Ouzala, nouvelle traduction par Yves Gauthier, édition Transboréal 2021, https://www.transboreal.fr/librairie.php?cod...

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